Interview du Père Miguel, fondateur et directeur du Foyer Maurice Sixto (FMS)

19 Juillet 2010

Quelle est la situation des enfants?

Elle est très dure. Nous ressentons ça comme une catastrophe unique parce que nous n'avions jamais connu un tel séisme en Haïti depuis deux cents ans. Tout le monde est traumatisé et stressé, et avant tout les enfants. Leur situation est particulièrement précaire et si on pense aux enfants restaveks dont la vie est déjà si difficile, on peut imaginer l'angoisse qui les accompagne quotidiennement. Ces enfants-là méritent, à juste titre, une attention spéciale. Mais au FMS, il ne s'agit pas de penser uniquement à nos enfants, mais aussi aux autres, ceux du quartier, des environs, des villages voisins, tous frappés. Parmi eux, il y a certes aussi des enfants travaillant dans la domesticité, auxquels s'ajoutent des enfants négligés par leur famille. Par conséquent, le programme anti-stress que nous avons initié s'adresse à plus de 1000 enfants de la zone.

Quelles sont les activités proposées?

Sportives, récréatives, culturelles, artistiques et artisanales, ces activités doivent avant tout occuper les enfants afin qu'ils ne restent pas dans les rues encombrées. Et ce programme-là a été très bien accueilli non seulement par les enfants et par les familles, mais aussi par la population en général. Citons notamment la fanfare que enfants et jeunes aiment tant. Également un défilé, qui part du foyer jusqu'à Rivière Froide. Cela plaît aux jeunes et aux adultes qui participent massivement.

Tu as dit «c’est quelque chose que l’on ne peut pas vivre deux fois dans sa vie»...

Non, jamais, nous n'en aurions pas le courage. Je pense qu'avec une deuxième catastrophe, nous mourrions tous, moi le premier! Parce que c’est trop difficile, trop difficile. D’ailleurs on ne peut même pas l’expliquer. On vit quelque chose que l’on n’arrive pas à expliquer et c’est ça le problème. Chacun le porte dans son cœur, dans sa vie, avec toutes les conséquences que cela implique, sans pouvoir l’extérioriser... On vit avec. Mais l'idée qui me guide, c'est la vie. Faire bourgeonner la vie, malgré tout.

Propos recueillis par Laurence Froidevaux, février 2010