Burkina Faso: prévenir le travail des enfants

Quatre personnes sur cinq vivent de l'agriculture. Face à des récoltes souvent insuffisantes, les familles, y compris les enfants, n’ont pas d’autre choix que de chercher des revenus ailleurs, entre autres dans les mines d'or.
19 Janvier 2017

Les récoltes des populations paysannes ne sont pas toujours à la hauteur de leurs besoins et les effets du changement climatique compliquent encore davantage la situation. Aussi, de nombreuses familles sont contraintes de rechercher des sources de revenu complémentaires. Ces dernières années, l’exploitation minière a pris une importance croissante: une véritable ruée vers l’or qui ne touche pas uniquement la population adulte, mais également de nombreux enfants. Beaucoup d’entre eux abandonnent l’école pour travailler sur les sites aurifères. La problématique est complexe et la lutte contre ce fléau demande une action concertée ainsi que l'engagement actif de la population. Trois partenaires locaux de Terre des Hommes Suisse – Songda, Wend Kouni et Diobass – ont articulé leurs interventions dans la province du Sanmatenga et du Namentenga.

Club d’enfants
Aïssatou, Guillaume, Sidibé, Pascaline et Faousia ont entre 8 et 12 ans et font partie du club d'enfants de Tagalla. Ils se rendent régulièrement sur le site minier non loin de leur village pour parler aux enfants qui y travaillent et les sensibiliser à l’importance de la scolarisation. «Aller à l’école et apprendre à lire est nécessaire si on veut avoir un métier quand on est grand, raconte Sidibé qui rêve de devenir policier. Je fais partie du club d’enfants pour donner le bon exemple à mes camarades.»

Cellule de veille
Dans le village de Gorin, Juliette vient de sortir de la salle de classe où, depuis trois mois, elle suit tous les matins un cours intensif d'alphabétisation avec une quarantaine d’autres femmes. Leur objectif : apprendre les bases de la lecture et de l’écriture, et surtout se familiariser avec les calculs élémentaires afin de pouvoir mettre sur pied des activités génératrices de revenus. À côté des cours d’alphabétisation et de son travail dans les champs, Juliette est également membre de la cellule de veille dont la mission est d’assurer une «surveillance » de proximité de la situation des enfants dans le village. Son engagement lui vient de sa conviction que la place des enfants est à l'école, mais aussi de la douleur d'avoir perdu l’un de ses propres enfants sur un site minier suite à l’éboulement d’un puits. «Je parle souvent avec les autres mères du village, je leur explique pourquoi elles ne doivent pas permettre à leurs enfants d’aller travailler sur les sites miniers. En revanche, je n’ose pas encore approcher les hommes et leur faire ce genre de discours...»

Théâtre
La troupe de théâtre mise sur pied par l'association Songda de Gounghin est composée d'une quinzaine d'adolescent-e-s. L’œuvre jouée en mooré, qui a déjà été présentée devant plus de 6200 personnes, est un condensé de vies et d’expériences liées à l’orpaillage : la pénibilité du travail, les dangers pour la santé, les risques d’abus, les grossesses non désirées, la consommation de substances illicites pour faire face à la fatigue. Les actrices et les acteurs ont une belle capacité expressive et la majorité a vécu (et subi dans sa chair) le travail sur les sites d'orpaillage; c’est probablement la raison pour laquelle la pièce de théâtre dégage autant de force. Une force mise au service de la prévention.

Article rédigé par Alessandra Genini, tiré du journal Terre des Hommes Suisse n°124, décembre 2016