Lutte contre les violences sexuelles

Chaparé / Bolivie

«Je leur parle, je leur fais peur, je leur explique les lois existantes, je me calme pour arriver à un accord et je leur donne rendez-vous le mois suivant, explique Carmen, directrice de la fondation Ayni. Ils doivent comprendre que s’il y a des mineurs dans leur local, ils peuvent – et doivent – se retrouver en prison».

La violence sexuelle à but commercial envers les adolescentes existe depuis des décennies dans le département de Cochabamba. La population ne reconnaît pas la problématique et la prostitution des enfants n’est pas vue comme un délit puni par la loi; elle s’étend dans un contexte de pauvreté, d’ignorance et de délinquance. Reflets d’une société patriarcale et machiste, de nombreux clichés prévalent dans la population: de l’indifférence à la criminalisation des victimes, en passant par le fatalisme du «mal nécessaire» que seraient les maisons closes. 

L'action de Terre des Hommes Suisse

La fondation Ayni a lancé un projet pour améliorer cette situation. Son objectif est de susciter de l’intérêt au sein de la population pour prévenir la prostitution des jeunes, mais aussi de travailler avec les institutions de l’Etat. Les tenanciers et tenancières de locaux, les organisations sociales et les jeunes victimes elles-mêmes sont intégrés dans le programme d’Ayni comme acteurs à part entière.

Ayni a commencé par dresser un état des lieux de la situation dans les cinq municipalités qui composent ce territoire de quelque 200'000 habitants, dont 50% ont moins de 18 ans. Plusieurs centaines de personnes ont été approchées au cours de l’enquête, enfants et parents, corps enseignant, autorités municipales, régionales, policières, judiciaires et communautaires, associations de défense des droits des enfants et adolescents. Des témoignages d’adolescents en situation de prostitution ont été recueillis et documentés. Une grande tolérance a été constatée de la société en général envers les proxénètes, les patrons de maisons closes, de bars, etc.

Un accord de coopération interinstitutionnelle a été conclu entre Ayni et les mairies de la région  et une démarche d’action commune est en cours pour regrouper au sein d’un même réseau tous les acteurs concernés. Unie et organisée, cette coalition permettra de mieux préserver l’intégrité et la dignité des enfants et des adolescents, et de faire enfin apparaître cette problématique dans l’agenda des instances publiques et associatives de la région, afin que des mesures autres que palliatives soient prises. Par des émissions de radio et de télévision, la diffusion de documentation et par des ateliers, Ayni poursuit son travail de prévention et d’information auprès de l’ensemble de la population.

L’ignorance n’est pas une fatalité, on peut en venir à bout! Informer sur les droits des enfants, c’est protéger de nombreux jeunes de la prostitution.