Nouvelles perspectives pour des centaines de jeunes

En Inde, trois fillettes témoignent de leur chance d'avoir accès à des centres d'enseignement après avoir été obligées de travailler pour soutenir leur famille.

«Quand je serai grande, je serai policière!» affirme Sara de sa petite voix. Elle a peut-être 6 ou 7 ans, mais ne connaît pas exactement son âge. «Docteur!», «Enseignante!», «Joueur de cricket», crient les autres enfants à ses côtés. Tous sont réunis dans l'un des 9 centres d'enseignement de CID installés dans les quartiers défavorisés de Gwalior, là où arrivent les familles fuyant la misère des campagnes. «J'aime étudier pour apprendre à lire et à écrire, mais j'aime encore plus jouer au carambole, chanter et surtout avoir des amis», renchérit-elle avec un grand sourire. Une discussion normale avec une petite fille, jusqu'à ce qu'elle ajoute: «J'aime aussi les maths car je peux compter et ainsi aider ma famille à ne plus se faire voler par les acheteurs.» «Dans ma famille, je suis la seule qui sait lire et compter», souligne fièrement son amie Aanya, 11 ans.

Le quotidien des enfants auparavant
Sara, Aanya et Jiya sont trois filles âgées de 7 à 12 ans qui vivent dans des familles pauvres. Elles n'avaient pas d'autre choix que d'aider leurs parents.

Avant qu'elles n'entendent parler de CID, elles travaillaient du matin au soir, souvent plus de 8 heures par jour, ne sortaient que très peu, ne jouaient quasiment pas, trop occupées à travailler, trop fatiguées pour affronter les moqueries des autres enfants qui avaient la chance de vivre dans l'insouciance. Bien sûr, aucune d'elles n'était jamais allée à l'école. Des années durant, le quotidien de ces enfants s'est limité à la confection de tapis, à la récupération et au nettoyage de bouteilles en verre et à la confection de jouets... Combien de milliers d'enfants connaissent la même situation? Ils travaillent pour la plupart avec leur famille, le plus souvent pour des salaires de misère, que ce soit dans la confection, la production alimentaire, la manutention ou le travail domestique.

Depuis la création des centres...
Les trois fillettes expliquent comment leur vie a changé le jour où elles ont eu accès au Centre. Si leur enfance reste confrontée à la dure réalité indienne, puisqu'elles continuent à aider leurs parents environ trois heures par jour après l'école, leur vie est très différente maintenant. Elles ont repris confiance en elles, jouent, chantent, dansent, lisent, comptent, apprennent. Bref, retrouvent une vie d'enfant. Leur univers s'est élargi, et les perspectives d'avenir s'améliorant, elles n'ont plus peur, ne fuient plus, osent dire bonjour, participer, exprimer leur opinion, croire en l'avenir.

Engagement et continuité
Après quatre ans passés au Centre, le rattrapage scolaire et la sensibilisation de leurs parents auront été assurés, la reconstruction de leur personnalité aura porté ses fruits, et elles pourront rejoindre l'école publique gratuite en Inde. Ce projet soutenu par Terre des Hommes Suisse permet à 425 enfants comme elles d'espérer un meilleur avenir.

Pour rendre ce changement de vie possible, CID travaille de manière globale, sensibilisant la communauté et les familles au travail des enfants, convainquant patiemment les parents de l'importance de l'éducation, encourageant la participation des enfants au sein des clubs d'enfants, soutenant également les groupes de femmes. Le coeur de l'intervention consiste à partager les connaissances nécessaires aux enfants, aux mères, aux familles pour être acteurs de leur propre vie, et à leur offrir des perspectives, impensables pour eux jusqu'alors, afin de leur permettre d'améliorer leurs conditions de vie.

Encadré
Les Centres du partenaire de Terre des Hommes Suisse, Center for Integrated Development (CID), accueillent des enfants travailleurs quelques heures par jour. Ils y reçoivent un repas et un suivi médical, et participent à des activités éducatives et récréatives en vue d'une réintégration dans le système scolaire.

Article rédigé par Christophe Roduit, journal Terre des Hommes Suisse n°120 - novembre 2015