Paroles de femmes d’exception

Retrouvez l'interview complet de Doris Charollais et Joanna Bärtsch, issu de notre Journal n°137
28 Mai 2020

Portées par leur engagement de bénévole, poursuivant l’action d’Edmond Kaiser, Terre des Hommes Suisse donne ici la parole à deux générations de femmes passionnées. Elles vous font découvrir au travers de leur témoignage, tantôt personnel… tantôt professionnel, leur vision sur les Droits de l’Enfant, leur regard d’avenir de cette association qui est aussi la Vôtre, et dont nous célébrons cette année le 60ème anniversaire.

TdH Suisse : Quel chemin parcours au sein de l’association ?
Doris Charollais : Avec mon mari et d’autres bénévoles, nous avons créé la section genevoise de terre des hommes, qui deviendra statutairement en 1966 Terre des Hommes Suisse. C’est un engagement de toute une vie, étant aujourd’hui présidente honoraire.

Joanna Bärtsch : Avec d’autres jeunes de Suisse et de 6 autres pays, nous avons créé le Conseil international des jeunes de Terre des Hommes Suisse. Je suis également élue, depuis l’année passée au bureau du comité, afin que la voix des jeunes (ndlr : Joanna a 24 ans) soit représentée aux instances de gouvernance de l’association.

TdH Suisse : Quels sont les principaux défis relevés ces dernières années ?
Doris : Au début, les bénévoles se consacraient uniquement à l’aide directe dans des pays africains. Les hôpitaux et dispensaires manquaient de tout. Des enfants mouraient de simple grippe. Nous collectionnions, triions et expédions des médicaments pour soulager le travail des soignants et l’état de santé des patients. Peu à peu, l’association se structure, se professionnalise. Difficile d’énumérer tous les projets, la liste est longue : des enfants des rues accueillis et réinsérés dans le cursus scolaire, à l’appui aux crèches organisées par des mamans dans des bidonvilles, aux enfants travailleurs sauvés du mépris et de la délinquance, et scolarisés sous des arbres par peur des bombes…

Joanna : Mon engagement est plus récent. Je suis active dans la défense des droits de l’enfant auprès de Terre des Hommes Suisse depuis 2017, j’ai donc une vision limitée sur ces 60 dernières années. Toutefois, au travers des récits des personnes travaillant dans ce domaine depuis plus longtemps, j’ai pu identifier un défi en particulier : l’implication des enfants dans les processus de défense de leurs propres droits. Il s’agit selon moi du tournant et du succès le plus marquant de ces dernières années. Autrefois, les enfants étaient considérés comme des sujets vulnérables devant être protégés. Aujourd’hui, on reconnait toujours ce besoin de protection, mais on leur accorde également de plus en plus un rôle d’acteurs et d’actrices de changements. Ceci a notamment été démontré lors de la conférence des 30 ans de la Convention internationale relative aux Droits de l’Enfant le 20 novembre dernier, durant laquelle des enfants et des jeunes figuraient parmi les panelistes. Au niveau de l’association, la création du Conseil international des jeunes de Terre des Hommes Suisse, ayant un rôle consultatif au sein de l’organisation, ainsi que l’inclusion de 2 jeunes adultes dans le Comité sont également emblématiques de ce tournant. 

TdH Suisse : Quels sont les enjeux à venir, en faveur des Droits de l’Enfant ?
Doris : Bien que la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant ait été ratifiée par la grande majorité des pays, son application laisse malheureusement à désirer. Chaque jour des enfants et des jeunes sont les premières victimes de conflits, de déplacements de population… Ils ne peuvent tout simplement pas aller à l’école. Le choix pour Terre des Hommes Suisse de soutenir des programmes d’éducation est important et doit leur permettre d’avoir un avenir plus sécurisant. Le Droit à l’Education doit aussi être accompagné du Droit à la Participation aux questions qui concernent les enfants et les jeunes, comme sur leur future responsabilité d’adultes. Dans les écoles et au sein de groupes de jeunes, le volet d’éducation à la solidarité de Terre des Hommes Suisse, ainsi que les sensibilisations au développement durable, sont des enjeux qui ont aussi leur importance.

Joanna : Comme mentionné précédemment, la participation des enfants et des jeunes a déjà fait de belles avancées. Toutefois, il reste encore beaucoup de défis à relever dans ce domaine. Il faudra notamment s’appliquer à intégrer davantage d’enfants, en plus des jeunes, dans les processus de consultation et de décision relatifs aux droits de l’enfant. L’enjeu sera alors de faire en sorte que les documents ainsi que les enceintes de discussion soient adaptés aux enfants en fonction de leur âge. En plus de ces éléments techniques, il faudra aussi continuer à changer les mentalités pour que les enfants et les jeunes soient considérés – et se considèrent - comme étant légitimes et capables de prendre part à ces processus. Ceci passera par un travail de sensibilisation aux droits de l’enfant et d’« empowerment » chez les enfants et les jeunes. Mais parallèlement à celui-ci, il est tout aussi important de sensibiliser le public adulte afin que ceux-ci accueillent et rendent possible la participation des enfants et des jeunes dans ces différents processus. Ce travail d’« empowerment » devra prendre un angle particulier pour les jeunes filles, car elles font malheureusement toujours face à beaucoup de discriminations dues à leur sexe et à leur genre. Il faudra continuer à offrir des moyens de protections spécifiques pour leurs droits à court terme, mais sur le long terme, c’est là encore un travail de sensibilisation qui permettra à mon sens de renverser cette situation.

TdH Suisse : Quel vœu pour ce 60ème anniversaire ?
Doris : Que TdH Suisse reste une ONG à taille humaine, avec le juste équilibre entre 25 salariés au siège et l’engagement de ses bénévoles, toujours mieux connaître nos partenaires locaux, échanger avec eux, et avec vous sur les joies et difficultés, trouver des sources de financements qui nous enlèvent certains soucis (!) et avoir une baguette magique pour exaucer encore un millier de vœux. Le principal serait évidemment que les droits de l’enfant soient appliqués partout !

Joanna : Que TdH Suisse continue son beau travail 60 années de plus, afin que davantage d’enfants puissent voir leurs droits respectés et que davantage de personnes, enfants comme adultes, soient sensibilisés aux droits de l’enfant et puissent ainsi se battre pour leur application. Mais par-dessus tout, mon vœu serait le renforcement de la participation des enfants et des jeunes dans les domaines qui les concernent. Je suis convaincue qu’en montrant aux enfants et aux jeunes qu’il est possible pour eux de s’engager dans la défense de leurs droits, cela entrainera leurs intérêts à ce sujet et créera ainsi des enfants acteurs de changement, défenseurs de leurs droits et citoyens responsables du monde d’aujourd’hui et de demain. Et enfin, que le Conseil international des jeunes de TdH Suisse rassemble plus de membres, leur permettant de s’enrichir mutuellement, de sensibiliser un public plus large aux droits de l’enfant et de faire grandir cette solidarité internationale, qui comme nous le démontre malheureusement la pandémie du Coronavirus, est plus que jamais essentielle.

« Nous adressons nos vœux les plus chaleureux, particulièrement dans ce contexte difficile, à vous et à toutes les personnes touchées par cette pandémie, aux habitants de Suisse et d’ailleurs, aux enfants comme aux adultes.

Prenez-soin de vous et des autres. »

Doris et Joanna