Pérou: actions en amont pour prévenir la traite d'enfants

Migration vers les zones minières de Madre de Dios: l’information, la prévention et le développement d'alternatives sont des mesures indispensables pour contrer les risques auxquels sont confrontés les jeunes.
8 Avril 2017

Dans les collines de l’Altiplano andin qui entourent Cuzco, la beauté des paysages et la lumière pourraient presque faire oublier les difficiles conditions de vie des familles des communautés rurales. Climat aride à 4000 mètres d’altitude, froid intense difficilement supporté par le bétail et les cultures, sécheresses à répétition, longues distances à parcourir – par les enfants pour se rendre à l’école et par les parents pour accompagner leurs bêtes aux pâturages – sont autant de réalités vécues dans de nombreux villages reculés. Beaucoup sont alors tentés de partir loin, à la recherche d’emplois qui leur permettent d’apporter un revenu supplémentaire à leur famille.

L’attrait de l’or reste très fort, et le Madre de Dios, cette région d’Amazonie péruvienne à quelques heures de route de Cuzco et de Puno, accueille de nombreux migrants saisonniers. Les enfants sont confiés par leurs parents à des oncles ou aux grands-parents, qui n’ont pas toujours la possibilité de s’en occuper correctement. Les jeunes ressentent également le besoin de soutenir leur famille et, durant les vacances scolaires, ils partent travailler dans d’autres régions du pays, avant de reprendre – ou non – l’école.

Risques de traite des enfants

Dans ce contexte, de fausses offres d’emploi se sont multipliées depuis une dizaine d’années, attirant les enfants et les jeunes dans un réseau de traite qui les envoie dans des « prostibars » de villages miniers du Madre de Dios. Terre des Hommes Suisse, présente dans la région depuis plus de 20 ans, soutient depuis 2015 trois organisations locales qui informent les populations des dangers de la route vers l’or amazonien. Diffusion d’informations dans les écoles, spots à travers les radios communautaires, campagnes de prévention organisées conjointement avec les autorités locales et régionales sont autant d’activités menées par nos partenaires pour s’assurer que les parents et leurs enfants sont conscients des risques liés à un déplacement vers le Madre de Dios. Plus de 5000 personnes ont déjà été informées grâce à ces campagnes.

Lors d’un échange organisé par l'association Inti Runakunaq Wasin dans une école, plusieurs adolescents disent «connaître des amis qui sont partis chercher un travail là-bas» et pensent pouvoir faire de même... mais finalement renoncent après avoir pris conscience du danger que cela représente. Gilmer Santiesteban, animateur auprès d'Amhauta, insiste lui aussi sur «l’importance de ces sensibilisations, en langue quechua, auprès des familles isolées qui souvent ne connaissent pas l’existence des réseaux de traite et des risques encourus, par les filles notamment». En effet, la honte pousse souvent les victimes à garder le silence sur leur expérience une fois de retour dans leur village.

À Catca, village situé à deux heures de route de Cuzco, une radio communautaire soutenue par Yanapanakusun et animée par les dynamiques Cecilia Titto Quispe et Lourdes Surco Jancco diffuse des spots et réalise des émissions en direct sur des thématiques liées aux droits des enfants, des femmes, à la prévention des violences et aux nouvelles lois. Nos partenaires s’attaquent également aux causes profondes de cette migration forcée par la pauvreté, en aidant les familles à améliorer leurs revenus à travers des micro-crédits, ou en garantissant non seulement l’accès mais aussi le maintien de leurs enfants dans le système scolaire, puis professionnel.

À Cuzco, un groupe de soutien a été créé pour les familles de victimes de traite dans les locaux d’Amhauta. Plusieurs mères se réunissent de temps en temps pour partager leurs expériences et se donner le droit de pleurer ensemble en imaginant les épreuves traversées par leurs filles, mais aussi pour réfléchir aux possibles actions de prévention. Des histoires différentes et similaires à la fois, et une même soif de justice et de reconstruction. Les condamnations des trafiquants sont encore trop rares en raison d’un système juridique défaillant et surchargé. L’accompagnement des victimes et de leur famille proposé par les autorités est tout aussi insuffisant. Heureusement, de nouveaux horizons s’offrent à ces jeunes filles: rescolarisation, accès à une formation professionnelle, appui pour démarrer un petit commerce et surtout soutien psychologique sont autant de services lancés et soutenus par nos associations partenaires.

Article rédigé par Séverine Ramis, tiré du journal Terre des Hommes Suisse n°125, mars 2017