Un goût de Pérou

12 mars 2019

À l’occasion d’une tournée européenne pour presenter les défis et les espoirs de leur coopérative de cacao en Amazonie péruvienne, José Luis Lara Rivas, gérant d’Agrobosque, partenaire de Terre des Hommes Suisse dans le Madre de Dios, s’exprimait le jeudi 28 février 2019 dans les locaux de l’assocation à Genève. Compte rendu de la soirée.

Cette soirée de présentation s’inscrivait dans le cadre d'une tournée européenne de deux représentants d’Agrobosque, José Luis Lara Rivas et Victor Felipe Suny Soto. Ils étaient de passage à Genève après avoir participé au Salon international du chocolat à Bruxelles du 22 au 24 février.

Le Pérou souffre d’un phénomène de migration des jeunes qui abandonnent les régions andines très pauvres pour les zones minières de Madre de Dios en Amazonie. En effet, les conditions de vie dans les Andes sont si difficiles que de nombreuses personnes, dont des mineurs, quittent bien souvent la zone en quête d’un avenir meilleur. Malheureusement, la région aurifère de Madre de Dios qui les attire tant est bien souvent celle qui les détruit, car dans ces régions minières, l’or fait des dégâts. L’appât du gain a un impact terrible sur l’environnement et sur la vie de ces jeunes migrants. Les jeunes filles notamment sont la cible de réseaux de traite qui leur promettent un travail via de fausses annonces et les prennent finalement au piège dans les prostibars de la zone minière.

En début de soirée, Christophe Roduit, secrétaire général de Terre des Hommes Suisse, introduit le contexte de l’action de tous les partenaires et met l’accent sur le fait que les enfants sont acteurs du changement et, qu’avec l’accompagnement adéquat, ils arrivent à dessiner eux-mêmes leur dynamique d’avenir.

Séverine Ramis, responsable du Programme International, rappelle ensuite les deux types d’actions menés au Pérou, la prévention dans les villages des Andes et la sensibilisation dans les zones minières d’Amazonie. La prévention en amont a pour objectif de soutenir les familles de la région pour qu’elles puissent développer d’autres sources de revenus et offrir un meilleur avenir à leurs enfants. Des campagnes sont également menées afin de sensibiliser aux risques de la migration et ainsi éviter cet exode destructeur.

Sur place, dans la région de Madre de Dios, la coopérative Agrobosque propose des alternatives agricoles aux exploitations minières. Soutenue par Terre des Hommes Suisse depuis le début en 2013, la coopérative progresse dans le développement de l’or brun à la place de l’or jaune: le cacao. Cet or brun nécessite de la patience au début de la production mais a une valeur inestimable pour les gens qui le cultivent. Le cacao, représente vraiment l’espoir d’un avenir meilleur. Victor Felipe Suny Soto, président du comité explique que le soutien de Terre des Hommes Suisse leur a permis de développer un véritable réseau qui les a aidés à progresser et à faire connaître leurs actions. Beaucoup de remerciements de la part de Victor ce soir qui vient dans les bureaux de Terre des Hommes Suisse avec une grande émotion.

José Luis, gérant de la coopérative, prend ensuite la parole pour expliquer plus en détails le fonctionnement d’Agrobosque. La coopérative se situe dans une communauté à 15 kilomètres de la ville La Pampa, lieu de nombreux drames issus de l’exploitation minière. Les équipes travaillent avec de plus en plus de famille de la région pour développer des sources de revenus autour de la production de cacao. Dans cette zone où l’orpaillage fait des ravages, les populations ont besoin de prendre conscience que d’autres alternatives existent et peuvent leur permettre de gagner leur vie. Le cacao est d’une telle diversité. Les photos présentées montrent les plants et le travail réalisé. L’objectif est de pouvoir accompagner les familles à développer la production. «Nous avons commencé à installer du cacao aromatique car nous connaissions la qualité et le goût des marchés pour ce type de fève» explique José Luis. Il rappelle que les premiers migrants venus à Madre de Dios il y a 60 ans avaient installé du cacao et avaient donc déjà cette idée en tête car la région le permettait ! Malheureusement, les mines aurifères et l’exploitation de l’or les ont tenté et l’agriculture a diminué au profit du reste. Le cacao demande beaucoup d’attention et de patience. Durant les premières années, on investit beaucoup sans récupérer d’argent et les familles n’ont souvent pas les moyens d’attendre. C’est pourquoi Agrobosque et Terre des Hommes Suisse soutiennent et forment les familles à cette production. Après 4 ans, le premier chocolat a pu être produit et exporté vers la Suisse. Cela a permis à la coopérative de confirmer les tendances du marché péruvien et international afin de mieux se positionner.

Le travail est également réalisé dans une optique de responsabilité sociale, l’objectif est de sensibiliser les populations et notamment les enfants à leurs droits et aux problématiques de protection de l’environnement. Des actions sont menées dans les écoles avec des jardins potagers scolaires bio grâce à la participation des familles et du corps enseignant. Cela permet une diversification alimentaire pour les enfants et la promotion du développement durable. Un autre aspect du travail sur place est la prévention de la violence et le droit à la parole des jeunes qui se responsabilisent et élèvent leur voix afin de faire avancer la situation de tous.

Développement de l’agriculture comme autre source de revenus, prévention, accompagnement, soutien et sensibilisation aux droits, chaque jour, le travail mené au Pérou est un pas en avant pour l’avenir des jeunes.

Les instants d’échanges à la fin de la présentation sont l’occasion de développer le sujet des variétés fascinantes de cacao et du travail sur les labels qui permettent une commercialisation du chocolat équitable au prix juste. Cette passionnante soirée s’achève, avec un souhait de bel avenir pour la coopérative de cacao et les enfants au Pérou!

Compte-rendu rédigé par Charlotte Pianetta